Recevoir un congé alors que l’on a plus de 65 ans, de faibles revenus ou un enfant gravement malade peut faire naître une inquiétude légitime. Le statut de locataire protégé limite alors les possibilités du bailleur, mais il ne s’agit pas d’une immunité totale contre le congé ou l’expulsion. Je détaille ici les conditions à remplir, les règles de relogement, les délais à respecter et les réflexes utiles, y compris lorsque le logement se trouve en copropriété.
Les règles essentielles à retenir avant toute démarche
- Âge et ressources doivent généralement être réunis pour bénéficier de la protection renforcée.
- Le bailleur doit proposer un relogement adapté avant de pouvoir faire partir certaines personnes.
- Pour un congé reçu en 2026, les plafonds s’appuient en principe sur le revenu fiscal de référence de 2024.
- La protection ne couvre pas les impayés ou manquements graves justifiant une résiliation judiciaire.
- Un logement situé en copropriété reste soumis aux mêmes règles locatives, même en cas de vente ou de travaux.
Qui bénéficie réellement de cette protection
Le cas le plus fréquent concerne une personne âgée de plus de 65 ans dont les ressources annuelles restent sous un plafond réglementaire. L’âge est apprécié à la date d’échéance du bail, tandis que les ressources sont examinées au moment où le congé est notifié.
La protection peut aussi concerner le locataire qui héberge habituellement une personne de plus de 65 ans à sa charge. Dans ce cas, le plafond tient compte des ressources cumulées du foyer. Un simple parent hébergé ponctuellement ne suffit donc pas forcément.
Un autre régime vise le parent bénéficiaire de l’allocation journalière de présence parentale, lorsque les conditions de ressources sont remplies. Cette situation concerne notamment les familles qui doivent assurer une présence soutenue auprès d’un enfant atteint d’une maladie, d’un handicap ou victime d’un accident particulièrement grave.
Les plafonds de ressources à vérifier en 2026
Pour se repérer, on utilise généralement les plafonds du logement social financé par un prêt locatif à usage social, appelé plafond PLUS. Ils varient selon la composition du ménage et la zone géographique. Pour 2026, le revenu fiscal de référence de 2024 sert en principe de base, sauf baisse importante et justifiable des revenus.
| Composition du ménage | Autres régions | Île-de-France hors Paris | Paris et communes limitrophes |
|---|---|---|---|
| 1 personne | 23 403 € | 26 920 € | 26 920 € |
| 2 personnes | 31 254 € | 40 233 € | 40 233 € |
| 3 personnes | 37 584 € | 48 362 € | 52 740 € |
| 4 personnes | 45 374 € | 57 930 € | 62 968 € |
Ces montants donnent un ordre de grandeur, mais je conseille de vérifier la catégorie exacte du ménage et la date de référence avant de contester un congé. Une erreur fréquente consiste à comparer ses revenus mensuels actuels au plafond sans regarder le revenu fiscal de référence ni les règles applicables en cas de baisse récente.
Ce que le bailleur peut encore faire
La protection ne rend pas le bail automatiquement perpétuel. Le propriétaire peut toujours donner congé pour vendre, reprendre le logement ou invoquer un motif légitime et sérieux, mais il doit respecter des conditions supplémentaires lorsque le locataire entre dans le régime protecteur.
Pour une location vide, le congé du bailleur doit parvenir au locataire au moins six mois avant la fin du bail. Pour une location meublée constituant la résidence principale, le délai est généralement de trois mois. Le congé doit préciser son motif et respecter une forme légale, par exemple une lettre recommandée avec accusé de réception, une remise en main propre contre récépissé ou un acte de commissaire de justice.Le bailleur personne physique peut toutefois bénéficier d’une exception s’il a lui-même plus de 65 ans ou des ressources inférieures au plafond applicable. Cette exception ne signifie pas que toutes les règles disparaissent, notamment celles qui concernent la validité du congé, son délai et son motif.
Une protection qui ne couvre pas les impayés
Le statut protecteur ne permet pas de suspendre indéfiniment le paiement du loyer. Des impayés répétés, des troubles du voisinage ou un défaut grave d’entretien peuvent conduire le bailleur à demander la résiliation judiciaire du bail.
Je déconseille donc de répondre à un congé en affirmant uniquement son âge ou ses faibles revenus. Il faut aussi vérifier ses obligations courantes, car le juge peut traiter séparément la protection contre le congé et les manquements contractuels.
Le relogement doit être concret et adapté
Lorsque les conditions sont réunies, le bailleur ne peut pas simplement annoncer la fin du bail. Il doit proposer un logement correspondant aux besoins et aux possibilités financières du ménage, dans un périmètre géographique légalement admis.
Une offre sérieuse doit tenir compte de la taille du foyer, du montant du loyer et des charges, de l’accessibilité, de la proximité des services essentiels et, si nécessaire, de la présence d’un ascenseur ou d’une salle de bains adaptée. Un appartement moins cher situé à plusieurs dizaines de kilomètres, sans transport ni médecin proche, peut être contesté s’il ne correspond pas réellement à la situation.Le bailleur n’est pas toujours obligé de joindre l’offre de relogement au congé le même jour. Elle peut intervenir pendant le délai de préavis. En pratique, attendre le dernier moment fragilise toutefois la démarche et laisse peu de temps pour discuter la pertinence du logement proposé.
Lire aussi : FICOBA, qui peut le consulter et comment faire la demande
Comment juger une offre de relogement
- Comparez le loyer et les charges avec vos revenus et vos dépenses habituelles.
- Vérifiez la surface, le nombre de pièces et l’adéquation avec la composition du foyer.
- Examinez la distance avec le logement actuel, le travail, les soins et les proches aidants.
- Demandez par écrit les informations manquantes, notamment le classement énergétique et les charges prévisionnelles.
- Conservez toutes les annonces, courriels, lettres et propositions reçues.
Refuser une offre n’est pas automatiquement fautif. Le refus doit être expliqué avec des éléments objectifs, car un désaccord sur la décoration ou une préférence personnelle pèsera moins lourd qu’un loyer impossible à payer ou une absence totale d’accessibilité.
Les démarches à faire dès réception du congé
La première réaction utile consiste à relever la date exacte de réception du congé et la date d’échéance du bail. Une erreur de délai peut suffire à rendre le congé contestable, indépendamment de la situation personnelle du locataire.
- Relisez le motif indiqué et vérifiez que le congé concerne bien la fin du bail.
- Rassemblez l’avis d’imposition, les justificatifs de pension, d’allocations et de ressources récentes.
- Préparez les documents prouvant l’âge, la charge d’une personne âgée ou le bénéfice de l’AJPP.
- Informez le bailleur par écrit de votre situation protégée, de préférence avec une preuve d’envoi.
- Demandez les caractéristiques précises du relogement et contestez rapidement toute offre inadaptée.
Pour une première analyse gratuite ou peu coûteuse, l’ADIL du département est souvent le meilleur point de départ. Si le désaccord persiste, une tentative de conciliation peut aider, mais le tribunal judiciaire reste compétent pour trancher la validité du congé et l’adéquation du relogement.
Ne quittez pas les lieux uniquement parce que le bailleur vous téléphone ou vous remet un message informel. Un congé verbal n’a pas la même portée qu’un congé régulièrement notifié, et signer trop vite un accord de départ peut compliquer une contestation ultérieure.
Ce qui change lorsque le logement est en copropriété
Le fait que l’appartement se trouve dans une copropriété ne supprime pas la protection. Le syndic, le conseil syndical ou les autres copropriétaires ne peuvent pas mettre fin directement au bail du locataire. La relation locative reste d’abord celle qui lie le propriétaire bailleur et l’occupant.
Une vente de l’immeuble, des travaux votés en assemblée générale ou un changement de syndic ne suffit donc pas, à lui seul, à imposer un départ. Le propriétaire doit utiliser la procédure adaptée et respecter les règles relatives au congé, au préavis et, le cas échéant, au relogement.
La situation est différente en cas d’arrêté d’insalubrité ou de mise en péril. Lorsque la sécurité ou la salubrité des occupants est en cause, des règles spécifiques peuvent imposer le départ temporaire ou définitif et organiser une prise en charge du relogement. Dans ce cas, il faut contacter rapidement la mairie, la préfecture ou les services sociaux, sans attendre la fin du bail.
Le bon réflexe avant de quitter un logement protégé
Un congé n’est ni automatiquement valable ni automatiquement illégal. Tout dépend de la combinaison entre l’âge, les ressources, la situation familiale, le motif invoqué, le statut du bailleur et la qualité du relogement proposé.
Je recommande de faire vérifier le dossier avant toute signature, surtout lorsque le logement est ancien, situé en copropriété ou difficile à remplacer. Conserver les preuves et agir pendant le préavis donne généralement plus de poids à la contestation qu’une réaction tardive après le départ.