Le préfet peut-il annuler une expulsion locative ?

Élodie Lacombe 12 août 2026
Une clé dans une serrure, symbolisant l'espoir. Le préfet peut-il annuler une expulsion ?

Table des matières

Une décision d’expulsion peut donner l’impression que la préfecture détient le dernier mot, surtout lorsque l’intervention de la police est annoncée. En réalité, le préfet ne peut pas effacer un jugement rendu par un tribunal, mais il peut parfois refuser ou retarder le concours de la force publique. Je précise ici ce que cela change concrètement pour le locataire, le bailleur et, dans certains cas, la copropriété.

Le préfet peut retarder l’intervention sans annuler le jugement

  • Le tribunal judiciaire décide l’expulsion et peut accorder des délais.
  • Le préfet autorise ou refuse l’assistance de la police ou de la gendarmerie.
  • Un refus préfectoral suspend l’exécution pratique, mais ne supprime pas la décision de justice.
  • La trêve hivernale reporte généralement les expulsions du 1er novembre au 31 mars inclus.
  • Le juge de l’exécution peut accorder un délai supplémentaire compris entre 1 mois et 1 an.

Le préfet peut-il annuler une expulsion locative

Non, pas au sens juridique du terme. Lorsqu’un tribunal a ordonné l’expulsion, seul le juge compétent peut revenir sur cette décision, notamment à la suite d’un recours, d’une rétractation ou d’une nouvelle décision accordant un délai.

Le préfet intervient à une autre étape. Après la signification du jugement et du commandement de quitter les lieux, le commissaire de justice peut demander le concours de la force publique. Il s’agit de l’autorisation permettant à la police ou à la gendarmerie de l’assister si l’occupant refuse de partir.

Je conseille donc de distinguer deux situations. Le jugement d’expulsion répond à la question de savoir si l’occupant doit quitter le logement. La décision préfectorale concerne seulement les conditions dans lesquelles cette décision peut être exécutée avec l’aide des forces de l’ordre.

Ce que le préfet peut réellement décider

Le représentant de l’État doit en principe prêter son concours à l’exécution d’une décision de justice. Il peut toutefois refuser ou différer cette intervention lorsque des raisons impérieuses d’ordre public ou des circonstances particulières le justifient.

La situation personnelle de l’occupant peut aussi être prise en compte lorsqu’un événement grave est apparu après le jugement. Le Conseil d’État admet notamment qu’une expulsion puisse être suspendue si elle risque d’entraîner, de façon prévisible, une atteinte particulièrement grave à la santé ou à la dignité d’une personne privée de logement, d’hébergement ou de prise en charge adaptée.

Ce pouvoir reste limité. Le préfet ne peut pas simplement décider qu’un jugement est injuste, annuler une dette locative ou rétablir un bail résilié. Le refus de concours est une mesure d’exécution, pas une annulation de la procédure judiciaire.

La décision doit être motivée. En l’absence de réponse dans un délai de 2 mois après la demande régulière du commissaire de justice, le silence de l’administration vaut refus du concours.

Les délais qui peuvent empêcher une expulsion immédiate

Après le jugement, le commissaire de justice délivre normalement un commandement de quitter les lieux. Pour un logement habité, l’expulsion ne peut généralement intervenir qu’après un délai de 2 mois, sauf si le juge l’a réduit ou supprimé dans certains cas, notamment en présence de mauvaise foi ou d’une entrée dans les lieux par violence ou contrainte.

L’occupant peut demander au juge de l’exécution un délai supplémentaire. Celui-ci peut aller de 1 mois à 1 an, selon la situation familiale, l’âge, l’état de santé, les démarches de relogement et les difficultés respectives du locataire et du propriétaire.

Le dossier doit être concret. Une demande vague de report a peu de chances d’aboutir. Je recommande de joindre les preuves de recherche de logement, les échanges avec le bailleur, les justificatifs de ressources, les certificats médicaux utiles et les démarches effectuées auprès d’un travailleur social.

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La trêve hivernale ne supprime pas l’expulsion

Du 1er novembre au 31 mars inclus, l’expulsion d’un locataire est en principe reportée. La procédure judiciaire peut continuer pendant cette période, mais l’intervention matérielle est généralement repoussée après la fin de la trêve.

Il existe des exceptions, notamment lorsqu’une solution de relogement adaptée est assurée, lorsqu’il s’agit d’un squatteur ou lorsqu’une décision du juge aux affaires familiales concerne des violences conjugales ou certaines mesures liées au divorce. La trêve ne constitue donc pas une annulation durable de la mesure.

Que faire lorsque l’expulsion est déjà programmée

Il faut agir dès réception du commandement ou de la lettre de la préfecture. Attendre le passage du commissaire de justice réduit fortement les possibilités pratiques, même si certains recours restent envisageables.

  1. Vérifier les dates du jugement, du commandement de quitter les lieux et de la fin du délai accordé.
  2. Demander rapidement un délai au juge de l’exécution si le départ immédiat est impossible.
  3. Contacter une assistante sociale, le centre communal d’action sociale ou le service logement de la mairie.
  4. Déposer ou actualiser une demande de logement social et examiner la possibilité d’un recours DALO.
  5. Prévenir le commissaire de justice de toute démarche sérieuse ou circonstance nouvelle.
  6. Appeler le 115 si aucune solution d’hébergement n’est disponible le jour du départ.

Si le préfet a accordé le concours de la force publique et que l’exécution présente un danger grave et immédiat pour la dignité ou la santé, un recours en urgence devant le tribunal administratif peut être envisagé. Le référé-liberté n’est pas une nouvelle contestation du jugement d’expulsion. Il vise la décision administrative d’exécuter la mesure dans des circonstances devenues exceptionnellement graves.

Dans une affaire récente, l’absence totale de logement ou d’hébergement, combinée à une grande détresse psychique et à l’absence de prise en charge médicale immédiate, a été considérée comme un élément pouvant justifier la suspension du concours de la force publique. Ce type de recours dépend toutefois de preuves précises et d’une urgence réelle.

Ce que le bailleur peut faire en cas de refus préfectoral

Le propriétaire ne peut pas entrer lui-même dans le logement, changer la serrure ou couper l’électricité pour faire partir l’occupant. Même avec un jugement favorable, l’expulsion forcée doit être réalisée par un commissaire de justice, avec le concours des forces de l’ordre lorsque cela est nécessaire.

Le refus du préfet ne prive pas le bailleur de tout recours. L’État peut être tenu d’indemniser le propriétaire lorsque son refus de concours lui cause un préjudice. La demande se fait auprès du préfet, généralement par courrier recommandé, avec les justificatifs de la perte de loyers, des charges, des frais de procédure ou de la remise en état.

Après un refus ou un silence de l’administration, le propriétaire peut aussi saisir le tribunal administratif. Selon l’urgence et les circonstances, il peut demander la suspension du refus, un réexamen de la situation ou, dans les cas les plus sérieux, une injonction de mettre en œuvre le concours de la force publique.

Cette possibilité explique pourquoi un refus préfectoral ne doit pas être présenté comme une victoire définitive du locataire. La dette et le jugement restent en place, sauf décision judiciaire contraire.

Le cas particulier d’une copropriété

En copropriété, le syndic ou le syndicat des copropriétaires ne peut pas faire expulser directement un occupant. En cas de nuisances graves, d’impayés liés à une location ou d’occupation irrégulière, il faut utiliser la procédure adaptée devant le juge compétent.

Si l’occupant est locataire, le bailleur doit agir contre lui dans le cadre du bail. Si la personne est propriétaire de son lot, la situation est différente, car le syndicat ne peut pas traiter un copropriétaire comme un simple locataire. Des actions judiciaires peuvent toutefois être engagées en cas de troubles anormaux du voisinage, de dégradations ou de violation répétée du règlement de copropriété.

Le préfet conserve le même rôle limité. Il ne peut pas annuler une décision judiciaire concernant un lot, mais il peut intervenir au titre de l’ordre public ou de la sécurité dans des circonstances particulières. Dans ce domaine, confondre le syndic, le juge et la préfecture conduit souvent à perdre du temps.

La bonne stratégie dépend du stade de la procédure

Avant le jugement, la priorité est de répondre aux actes du bailleur, de négocier un échéancier réaliste et de faire valoir ses difficultés devant le juge. Après le jugement, il faut plutôt demander un délai, contester la régularité d’un acte si nécessaire et organiser rapidement une solution de logement.

Une simple promesse de paiement ne suffit pas toujours à arrêter la procédure. En revanche, un premier règlement, un échéancier écrit accepté par le bailleur et des démarches sociales documentées peuvent améliorer la crédibilité du dossier. Je me méfie particulièrement des accords verbaux qui ne protègent pas clairement l’occupant.

La réponse courte est donc la suivante. Le préfet ne peut pas annuler le jugement d’expulsion, mais il peut refuser ou suspendre l’intervention de la force publique dans des conditions limitées. Pour obtenir une véritable annulation, une modification ou un délai, il faut s’adresser au juge compétent et agir avant l’exécution matérielle.

Conservez tous les courriers, notez les dates et demandez un accompagnement juridique ou social sans attendre. Dans ce type de dossier, quelques jours peuvent faire la différence entre une demande documentée et une urgence impossible à organiser.

Cet article a un caractère purement informatif et éducatif. Le contenu a été élaboré avec l'aide d'outils analytiques et linguistiques modernes (IA). Avant de prendre une décision, consultez un expert.

Questions fréquentes

Non. Seul le juge compétent peut annuler ou modifier le jugement d’expulsion. Le préfet peut seulement refuser ou différer le concours de la police ou de la gendarmerie pour son exécution.

Après un commandement de quitter les lieux, un délai de 2 mois s’applique généralement. Le juge de l’exécution peut ensuite accorder un délai supplémentaire de 1 mois à 1 an, selon la situation familiale, la santé, l’âge et les démarches de relogement.

Non. Du 1er novembre au 31 mars inclus, l’expulsion est en principe reportée. Des exceptions existent notamment pour les squatteurs, certaines situations de violences conjugales ou lorsqu’un relogement adapté est assuré.

Le bailleur peut demander une indemnisation à l’État pour le préjudice subi, notamment les loyers et frais justificatifs. Il peut aussi saisir le tribunal administratif pour demander un réexamen ou, selon l’urgence, une injonction concernant le concours de la force publique.

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Autor Élodie Lacombe
Élodie Lacombe
Je m'appelle Élodie Lacombe et cela fait 15 ans que je me consacre à décortiquer les rouages de la vie pratique, du budget et des droits pour les rendre plus accessibles. Mon parcours m'a amenée à comprendre à quel point il est essentiel de maîtriser ces sujets pour naviguer sereinement au quotidien, que ce soit pour optimiser ses finances, comprendre ses droits en tant que consommateur ou citoyen, ou simplement organiser son foyer de manière plus efficace. J'aime particulièrement simplifier les informations complexes, vérifier les sources et croiser les données pour vous offrir des conseils fiables et à jour. Mon objectif est de vous fournir des clés concrètes pour prendre des décisions éclairées et gagner en autonomie.

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